Le temps passe.Nous sommes sur le parking depuis un bon moment. Moi qui connais le trajet, je sais bien qu'époux et enfants devraient déjà être là maintenant. Alors je bidonne, je lui dis que de l'école des Douanes au pont, ce n'est pas la porte à côté, qu'avec son vélo à la main, les enfants à gérer et du monde sur la piste, c'est forcément long et qu'il ne faut pas qu'elle s'inquiète.
Entre temps, nous avons fait les présentations, Myriam habite en Rhône-Alpes. Avec sa famille, elle passe pour la première fois ses vacances sur l'île de Ré. Leurs vacances se terminent samedi, tout s'était magnifiquement bien passé jusque-là. Alors bien sûr, elle culpabilise de s'être laissée surprendre par cet obstacle. J'apprends qu'elle est infirmière hospitalière. "Ah… je comprends mieux pourquoi elle ne voulait pas aller aux urgences…" (sourires).
Je vois au fil de notre conversation qu'elle reprend confiance et des forces. Le froid la soulage et l'intensité de la douleur commence à s'estomper. Je lui parle de l'île de Ré, comment j'ai fini par arriver là et comment la vie se passe ici, hors saison. Elle parle de son métier d'infirmière, je lui explique que je connais aussi les hôpitaux, de l'intérieur… comme soigné. Nous évoquons sa région que je connais bien.
Ma compagnie, la spontanéité de nos échanges lui font du bien, la réconforte. Mais que font-ils donc ? De fil en aiguille, cela fait maintenant près d'une heure et demi que nous les avons quittés et je commence à m'inquiéter sérieusement même si je n'en dis pas mot.
Enfin, son mari arrive, seul - moment de stupeur - Rien de grave ! Il a simplement eu du mal à retrouver le parking. Le stress aidant (ou plutôt n'aidant pas), venant à Rivedoux pour la première fois, c'est compréhensible qu'il ait eu quelques difficultés à se repérer. Leurs enfants vont bien, ils attendent sur l'autre côte, tout près de l'école primaire.
Il est temps maintenant de nous quitter et pour les deux époux de partir récupérer les enfants au plus vite. Je la sens toute émue de quitter celui qu'elle appelle "son ange gardien", je la réconforte une dernière fois en lui disant qu'elle est d'une solide constitution, qu'elle s'est montrée très courageuse et que ça va aller, c'est certain. On se fait la bise. Je recommande tout de même à son homme de bien surveiller "son infirmière" dans la soirée et d'être réactif au moindre signe d'aggravation de son état. Elle me demande gentiment si elle peut garder mon pain de glace qui lui fait vraiment du bien. Je lui dis que cela va de soi. A sa demande, je lui donne mes coordonnées, mail et adresse…
De retour chez elle, elle m'adresse un mail, me donne de ses nouvelles et m'adresse une citation de
Walter Hesbeen :
"Etre soignant, c'est agir comme un artiste, un poète, être celui qui aide à sortir le coeur des choses, c'est accompagner un processus de création" et elle ajoute
"vous m'avez si bien soigné !" Je suis rouge de confusion.

Vendredi dernier, le facteur m'a fait une jolie surprise en me livrant un petit colis contenant un gant de toilette, et un pain de glace. Un cadeau inattendu l'accompagnait : un très joli portefeuille en cuir noir Arthur & Aston qu'elle est allée choisir pour moi avec son mari. C'est un chouette cadeau. Il me fait très plaisir évidemment et il me rappellera longtemps cette fin d'après-midi et les circonstances pas ordinaires de notre rencontre. Je corresponds toujours par mail avec Myriam, elle a presque totalement récupéré et commence à reprendre ses activités sportives. Comme elle et son mari nous y invitent, il est probable que nous profiterons d'un déplacement en Savoie pour aller lui faire un petit coucou dans leur charmant petit village, ne serait-ce que pour prolonger cette rencontre accidentelle.