Des quais de gare, dans sa vie, il en a arpenté pas mal et il en a passé, lui aussi, des heures carrées dans les trains quand il était jeune. Depuis ce temps-là, il considère toujours les gares et leurs abords comme des lieux étranges, mystérieux voire dangereux, où tout peut arriver.
Les espaces ferroviaires ont des emprises importantes au cœur et à la périphérie des villes. Certains sont très animés, d'autres pratiquement déserts. En regardant les rails, il repensait à cette vison étrange qui l'avait marqué : des dizaines de voies ferrées alignées dans une immense gare de triage au cœur de l'Allemagne ou son train s'était longuement arrêté à une heure si avancée de la nuit qu'il était probablement le seul à ne pas dormir. Tout ces équipements ferroviaires, sous la lumière violente des projecteurs, lui semblaient encore bien neuf et il ne pouvait s'empêcher d'imaginer le déluge de bombes qui s'était abattu ici trente ans plus tôt.
Il se souvenait aussi de ces deux types a qui il avait probablement sauvé la vie pour s'être simplement trouvé là par hasard.
Le premier était un ancien, tout chétif. Arrivé en retard, mais encore alerte, il avait débouché du passage souterrain dans le dos du chef de gare qui venait de siffler le départ et qui s'en retournait dans le sens opposé. L'ancien avait alors sauté sur le marche-pied d'un train corail -tout neuf à l'époque- s'accrochant comme un damné à la poignée de la porte pour tenter de l'ouvrir. En vain ! C'était nouveau, à sa décharge : les fermetures pneumatiques condamnaient toute ouverture dès que le train commençait à rouler. Le chef de gare en se retournant s'en était rendu compte. Horrifié, il s'était mis à courir après lui en vociférant : "sautez Monsieur, sautez !" Le train avait pris de la vitesse.
Au bout de quai il avait assisté à la scène et, sans hésiter, il avait crocheté l'inconscient par la taille l'entraînant dans un roulé boulé digne des meilleurs entraînements parachutistes essayant de protéger tant bien que mal ce papy kamikaze dans leur chute.
Le second… ils étaient deux en fait. Deux hommes, des maghrébins entre quarante et cinquante ans, les bras chargé de cadeaux de Noël, étaient montés dans une voiture de 1ère classe. Lui se trouvait sur la plate forme mais il s'était écarté pour les laisser passer surtout le second qui était de plus forte corpulence. La présence ici de ces hommes sans bagages et de condition plutôt modeste à première vue dans cette voiture lui avait semblé étrange. La gare n'avait pas de passage souterrain. Très imprudemment, le premier d'entre-eux déverrouillait la porte opposée côté voie pour descendre le second lui emboîtait le pas. Las un train était à la manœuvre. Le conducteur voyant la porte s'ouvrir à quelques mètres de sa motrice actionnait l'avertisseur sonore. Le premier sur la voix s'esquiva en courant en criant quelques mots en arabe et jetant ses paquets en l'air dans l'affolement le plus total. Le second était déjà descendu quand le train commençait à passer devant lui
Deux mains étaient alors venues le saisir fermement par les épaules pour le soulever et le tirer vers l'arrière et effacer son corps. Le train s'arrêtait enfin quelques instants plus tard et quelques dizaines de mètres plus loin dans le crissement agressif et prolongé du freinage.
Les gens de la SNCF accouraient persuadés qu'un drame s'était produit.
Le conducteur du train livide et furieux, en était persuadé. Les yeux exorbités, il tremblait comme une feuille. L'homme dont la vie n'avait tenu qu'à quelques centimètres avait bien du mal à reprendre son souffle après ces émotions et à mesurer l'étendue de sa bêtise. Encore sous le choc, accablé par les employés de la SNCF, il en était bien incapable. Il était reparti hagard, sans même dire un mot.
Joyeux Noël ! son sauveur, traînera un lumbago pendant plus d'une semaine, mais quand il y repense aujourd'hui, il se dit que cela en valait la peine pour cet homme et peut être plus encore pour ses enfants à la veille de Noël.
Il repense à tout ça aujourd'hui car cet après-midi, il a accompagné sa fille aînée sur le quai de la gare. Il était triste de la voir repartir après les vacances prolongées de Noël. Mais à l'heure où il va publier cette note, il sait qu'elle est bien arrivée et il va maintenant essayer d'aller dormir.
Les espaces ferroviaires ont des emprises importantes au cœur et à la périphérie des villes. Certains sont très animés, d'autres pratiquement déserts. En regardant les rails, il repensait à cette vison étrange qui l'avait marqué : des dizaines de voies ferrées alignées dans une immense gare de triage au cœur de l'Allemagne ou son train s'était longuement arrêté à une heure si avancée de la nuit qu'il était probablement le seul à ne pas dormir. Tout ces équipements ferroviaires, sous la lumière violente des projecteurs, lui semblaient encore bien neuf et il ne pouvait s'empêcher d'imaginer le déluge de bombes qui s'était abattu ici trente ans plus tôt.
Il se souvenait aussi de ces deux types a qui il avait probablement sauvé la vie pour s'être simplement trouvé là par hasard.
Le premier était un ancien, tout chétif. Arrivé en retard, mais encore alerte, il avait débouché du passage souterrain dans le dos du chef de gare qui venait de siffler le départ et qui s'en retournait dans le sens opposé. L'ancien avait alors sauté sur le marche-pied d'un train corail -tout neuf à l'époque- s'accrochant comme un damné à la poignée de la porte pour tenter de l'ouvrir. En vain ! C'était nouveau, à sa décharge : les fermetures pneumatiques condamnaient toute ouverture dès que le train commençait à rouler. Le chef de gare en se retournant s'en était rendu compte. Horrifié, il s'était mis à courir après lui en vociférant : "sautez Monsieur, sautez !" Le train avait pris de la vitesse.
Au bout de quai il avait assisté à la scène et, sans hésiter, il avait crocheté l'inconscient par la taille l'entraînant dans un roulé boulé digne des meilleurs entraînements parachutistes essayant de protéger tant bien que mal ce papy kamikaze dans leur chute.
Le second… ils étaient deux en fait. Deux hommes, des maghrébins entre quarante et cinquante ans, les bras chargé de cadeaux de Noël, étaient montés dans une voiture de 1ère classe. Lui se trouvait sur la plate forme mais il s'était écarté pour les laisser passer surtout le second qui était de plus forte corpulence. La présence ici de ces hommes sans bagages et de condition plutôt modeste à première vue dans cette voiture lui avait semblé étrange. La gare n'avait pas de passage souterrain. Très imprudemment, le premier d'entre-eux déverrouillait la porte opposée côté voie pour descendre le second lui emboîtait le pas. Las un train était à la manœuvre. Le conducteur voyant la porte s'ouvrir à quelques mètres de sa motrice actionnait l'avertisseur sonore. Le premier sur la voix s'esquiva en courant en criant quelques mots en arabe et jetant ses paquets en l'air dans l'affolement le plus total. Le second était déjà descendu quand le train commençait à passer devant lui
Deux mains étaient alors venues le saisir fermement par les épaules pour le soulever et le tirer vers l'arrière et effacer son corps. Le train s'arrêtait enfin quelques instants plus tard et quelques dizaines de mètres plus loin dans le crissement agressif et prolongé du freinage.
Les gens de la SNCF accouraient persuadés qu'un drame s'était produit.
Le conducteur du train livide et furieux, en était persuadé. Les yeux exorbités, il tremblait comme une feuille. L'homme dont la vie n'avait tenu qu'à quelques centimètres avait bien du mal à reprendre son souffle après ces émotions et à mesurer l'étendue de sa bêtise. Encore sous le choc, accablé par les employés de la SNCF, il en était bien incapable. Il était reparti hagard, sans même dire un mot.
Joyeux Noël ! son sauveur, traînera un lumbago pendant plus d'une semaine, mais quand il y repense aujourd'hui, il se dit que cela en valait la peine pour cet homme et peut être plus encore pour ses enfants à la veille de Noël.
Il repense à tout ça aujourd'hui car cet après-midi, il a accompagné sa fille aînée sur le quai de la gare. Il était triste de la voir repartir après les vacances prolongées de Noël. Mais à l'heure où il va publier cette note, il sait qu'elle est bien arrivée et il va maintenant essayer d'aller dormir.


Joli billet sur les quais de gare, et beaux souvenirs aussi ! Comme toi j'ai eu du mal à voir repartir ma fille après Noël !
RépondreSupprimerAh les quais de gare, les accidents évités de peu, la tristesse des départs surtout...
RépondreSupprimerLa grande histoire des trains...
Bah dis donc...toi, je savais que tu aimes les trains, tous...mais que tu sauves des vies! Waouh! (hem,chut)
RépondreSupprimerVous voilà en vacances alors...;-)
Louisianne : J'ai bien du retard en ce moment et je ne suis pas trop sur le web, même pour répondre aux commentaires sur mon bloc. J'en suis désolé.
RépondreSupprimerBeaux souvenirs ? Je ne dirais pas ça. J'ai toujours trouvé long les voyages en train, et l'attente aussi, car je n'arrive jamais en retard. Pour moi une gare reste un lieu à part.
Calpurnia : On pourrait dire les rencontres et les aléas aussi.
Tifenn : Je sauve AUSSI !
Ah ce Marcus!
RépondreSupprimerSi j'avais à le faire, je raconterais plutôt les trains, car, dieu! j'en ai fait des kilomètres!
Ou la gare de "Bordeaux -Saint- Jean, Bordeaux- Saint- Jean" avec l'accent délicieux du Sud Ouest qui m'a si souvent acueillie en vacances...
Ou celle de "Bruxelles Sud" où j'entendais parler flamand et français, chaque soir en revenant du lycée Français...
C'était sans doute une autre vie!
C'est vrai, Gwenola. Nous avons tous tous des histoires de trains souvent associées à notre jeunesse.
RépondreSupprimerJe suis tombée une fois entre le quai et le train ( une dame pressée avec la poussette y était pour qqchose). Heureusement, le train n'était pas encore parti.
RépondreSupprimerBonne continuation à Julie. Dommage qu'elle ne soit pas venue à la danse.
Merci pour ce billet très sympatique à lire :)
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