mardi 30 mars 2010

Vivre la mer


Ce mardi soir 30 mars 2010 à 18:00, l'île de Ré avait rendez-vous avec la marée d'équinoxe.
Coup de vent, marée de 112, une hauteur d'eau attendue de 6,40 m. Rien d'exceptionnel me direz-vous… Sauf qu'un certain 28 février 2010 a tout changé en inscrivant brutalement dans l'inconscient collectif insulaire, le risque de submersion marine comme une réalité tangible. Sauf que cette nuit-là, digues, dunes et plages ont été malmenées de toute part. Alors chacun, même s'il s'en défend a en tête cette interrogation : "et si ça recommençait ?"

Pourtant les élus l'ont proclamé haut et fort : "L'île de Ré est hors d'eau, l'île de Ré est au sec !" Et c'est vrai que les travaux d'urgence ont été rondement menés, en attendant le plan digues…
Un coup d'œil sur le baromètre en début d'après midi me rassure. La dépression passée ce matin est derrière nous et le baromètre est remonté en flèche. Le plus fort du coup de vent est intervenu autour de midi, à basse-mer. Serait-on en train de renouer avec la Baraka ? A voir ! Personnellement, je préfère affirmer que le pire n'est jamais sûr.

En attendant, je vous emmène avec moi dans ma tournée du littoral.


Nous irons d'abord sur l'Anse Notre Dame, là où l'hôtel Atalante a été submergé. La levée a été refaite. Elle semble encore bien modeste et l'on comprend aisément qu'avec la surcote de 1,50 m cette nuit du 28 février et des vents de secteur sud-ouest deux à trois fois plus puissants, l'hôtel ait pu être dévasté.
Aux Grenettes, le grain qui nous accueille assombrit l'horizon comme pour accentuer et rendre plus menaçant encore l'effet saisissant d'un océan démonté. Le niveau de la plage est exceptionnellement bas et ce n'est pas une surprise de voir le plateau calcaire, qui fixe tant bien que mal le trait de côte, battu de la sorte.
Retour à Rivedoux, au bout de la plage de Sablanceaux, au virage du Défend, là ou la RD 201 a manqué de peu d'être emportée par les flots. le rempart de sable fait son office de tampon contre l'assaut des vagues. Il ne faudrait pourtant pas plus de deux ou trois marées pour en venir à bout car le vent de terre freine à peine la houle. Au pas de la Fontaine, quelques intrépides ont ressorti leur planche de surf. Pour finir, changement de rive, nous passons au nord, à quelques centaines de mètres à peine, face au plateau derrière la coopérative maritime, complètement submergé dans la nuit 28 février, la baie du Platin nous montre un visage étrangement calme et trompeur. C'est ça aussi vivre la mer.

lundi 22 mars 2010

Quiberon

Elle les avait guidés sur la grève du côté de Quiberon, sur la côte sauvage, là où les falaises de granit résistent aux assauts de l'océan… Du moins essayent-elles.

"Il vaut mieux ne pas venir se promener ici l'été" dit-elle, "là, parfois, le trajet en voiture se compte en heures, pas en kilomètres". Comme elle, nous préférons les chemins de traverse où emprunter les couloirs du temps qui nous mettent à l'abri des cohues estivales.

Exposé plein ouest, le contraste avec la côte orientale de la presqu'île est saisissant. Le paysage est radical : hautes falaises escarpées de granit clair surplombant un océan turquoise qui, malgré le calme du moment, parvient difficilement à contenir sa fougue.

Quelques instants auparavant, ils étaient passé devant le fort de Penthièvre.



Il avait eu l'impression d'être déjà venu ici il y a longtemps. Les paroles de Lazare Hoche raisonnait dans sa mémoire. C'était à Vannes le 19 juillet 1795, juste avant l'attaque de nuit quand il avait précisé son ordre d'opération :

"La presqu'île de Quiberon sera attaquée aujourd'hui, 1er thermidor, à onze heures du soir. Le général Humbert, à la tête de 500 hommes d'élite de son avant-garde, et conduit par un guide que je lui enverrais, se portera sur le village de Kerostin, en passant par la laisse de la basse mer, laissant le fort Penthièvre à droite et la flotte anglaise à gauche. Il fera marcher sur deux files, avec le moins de bruit et à la moindre distance possibles. Arrivé près du village, il tournera brusquement à droite et fera courir jusqu'au fort, dont il s'emparera en franchissant la palissade ; il égorgera tout ce qui s'y trouvera, à moins que les fusiliers ne viennent se joindre à sa troupe. Les officiers, sergents d'infanterie et canonniers n'auront point de grâce. Le général de brigade Botta suivra Humbert dans le même ordre avec le reste de l'avant-garde. Il s'emparera de Kerostin, et fera fusiller tous les individus armés qui voudraient sortir des maisons. Les soldats sans armes qui viendront le joindre seront accueillis ; les officiers et sous-officiers seront fusillés sur-le-champ. En arrivant dans la presqu'île, ces deux officiers généraux feront crier par leur troupe : « Bas les armes ! À nous les patriotes ! » L'adjudant-général Mesnage favorisera l'attaque d'Humbert en attaquant lui-même les grand'gardes ennemies ; il les culbutera, leur passera sur le corps et les poussera jusqu'au fort. La palissade franchie, il suivra par sa gauche le fossé jusqu'à la gorge. Mesnage ne fera pas tirer un coup de fusil ; il fera passer à la baïonnette tout ce qu'il trouvera d'ennemis. La troupe qui doit faire cette attaque sera l'élite du général Valletaux. Valletaux soutiendra l'attaque de Mesnage avec le reste de sa brigade ; il fera en sorte de se précipiter au fort en se rapprochant le plus possible pour éviter son feu. Humbert se mettra en marche par la gauche à minuit précis ; Ménage par la droite un quart d'heure après. Les deux colonnes suivront la marée, dussent-elles marcher un peu dans la mer. Le général Lemoine portera sa brigade à la hauteur de l'avant-garde. Il y laissera un bataillon avec deux-pièces de quatre, marchera en bataille à la hauteur de la colonne Valletaux qu'il doit soutenir. Garde du camp : deux bataillons de la réserve et la troisième de la demi-brigade, commandée par le général Drut, qui fera tirer à boulets rouges sur les bâtiments qui voudront nous inquiéter."
Lazare Hoche était certainement le plus brillant de tous les jeunes officiers généraux de la jeune République et malgré la rudesse apparente de ses instructions, ce n'était pas un sanguinaire. Mort prématurément en 1797 à l'âge de 29 ans, il ne connaîtra pas la gloire de certains de ses officiers qui participeront quelques années plus tard à l'épopée napoléonienne.

Dans le Morbihan, l'histoire est à portée de main, dans ses villages, dans ses ports, dans ses ria, sur ses plages, dans ses forêts, jusque dans les murs de pierres et les taillis qui bordent les chemins propices aux embuscades. Ecouter, regarder, imaginer, et peut-être, qui sait, ressentir pour approcher au plus près la vérité historique…

En bas, une crique se dévoile, des surfeurs sont sur le spot. Je ne résiste pas à la tentation de descendre. Vu d'en bas, le paysage se révèle autrement. J'entrevois des passages escarpés dans lesquelles je m'engouffre. Venez… je vous emmène.



Attention tout de même ! Je pense à la marée entre autres. En suivant la route de la côte, juste un peu plus loin, une stèle rappelle opportunément aux passants que le 13 mars 1979, trois sauveteurs ont trouvé la mort ici pour porter secours à un imprudent.

mardi 16 mars 2010

Partir

Je les trouve vraiment gonflé à la télé.
Un hommage national à Jean Ferrat retransmis en direct…
C'est pas qu'il ne le méritait pas, le bougre, mais je trouve que la télé aurait mieux fait de l'inviter plus souvent de son vivant et surtout de ne pas lui chier dans les bottes comme elle l'a souvent fait pour qu'il s'abstienne de chanter telle ou telle de ses chansons. C'est un peu comme si elle voulait se racheter, s'excuser de quelque chose. Enfin, peu importe. Là où il est le Jeannot, ça n'a plus grande importance.



Sinon à part ça quoi d'autre ?
Ah oui ! Une nouvelle de la plus haute importance. Je voulais dire que cela fait plusieurs jours de suite que j'observe des vols d'oies sauvages remontant vers le Nord. Elles n'ont pas besoin de météo France pour savoir ce qu'elles ont à faire. Elles passent souvent au dessus du pont de l'île de Ré. Oui je sais c'est pas bien de regarder les oies dans le ciel en circulant sur le pont, mais tant pis, si vous me croisez, vous êtes prévenus. Alors en attendant le vol d'hirondelle qui fera le printemps, c'est toujours bon à prendre comme nouvelle.

Oh et puis tiens, là pour tout dire, j'en ai un peu marre. Envie de partir vers le nord moi aussi.


vendredi 12 mars 2010

Réfugié climatique rétais ?

(Réédition de mon billet du 7 février 2007)

Selon les hypothèses les plus pessimistes, le niveau mondial des océans pourrait monter de 4 à 6 mètres d'ici à 2100 à cause du réchauffement. Un constat très contesté certes mais qui fait tout de même réfléchir.

Il y a environ 130 000 ans une période de réchauffement avait provoqué une montée des océans de 4 à 6 mètres sur l'ensemble de la planète. Des chercheurs américains s’appuient sur ce modèle pour expliquer qu'une montée similaire des eaux pourrait survenir très vite, avant l'horizon 2100.

De tels changements repousseraient un demi-milliard de personnes vers l'intérieur des terres, loin des côtes inondées. Des pays entiers comme les Pays-Bas, le Bangladesh et de nombreuses îles du Pacifique pourraient être rayés de la carte. Cette annonce d'un scénario catastrophe de la revue américaine Science (du 24 mars 2006), vient contredire la plupart des prévisions existantes, dont celle du dernier rapport de l'IPCC (groupe d'expert intergouvernemental sur l'évolution du climat) qui n'envisage une élévation du niveau des eaux que d'un maximum de 90 centimètres sur les 100 prochaines années.

source : le Figaro 25/03/2006

Et nous donc… pauvres insulaires ?

Il n’y avait pas assez de l’ISF pour nous menacer, voilà se profiler le risque de submersion marine généralisé ou presque de l'île de Ré :



Le constat est sans appel ! Rajoutez à cela que toutes les défenses des côtes sauteront les unes après les autres comme des bouchons de champagne, que La Rochelle n'aura plus rien à envier à Venise et que, par dessus le marché, il pourrait même aussi geler à pierre fendre sur le littoral Charentais-Maritime en raison de possibles modifications des courants océaniques. Ça ne devrait pas l'faire, ni pour l'isolation, ni pour la résistance des matériaux (un mètre de neige sur mon toit à 28 % de pente… j'aime mieux ne pas voir ça) !

Gouverner c'est prévoir. Alors pour moi c'est plié : ce sera retour dans les Alpes avant que le premier Tsunami ne vienne ruiner tous mes espoirs de vente de mes biens immobiliers.

Je présume que ma belle sœur ne va pas forcément sauter de joie lorsqu’elle me verra débarquer en Savoie, chez elle, sur le très grand-âge, avec le statut de réfugié climatique, mais je sais d'ores et déjà pouvoir compter sur la solidarité familiale. Et ça c'est quand même une grande satisfaction ! :-)

Et vous, vous avez prévu quoi en attendant que la mer monte ?


Quelques rappels sur les fondamentaux cartographiques :

[1] NGF = Nivellement de la France : L'altitude zéro est définie par le plan d'eau (niveau moyen) à Marseille. Les altitudes sont données par rapport à ce plan pris pour référence. On a alors une altitude exprimée en mètres NGF.
Sachant que l’amplitude maximum de la marée est voisine de 7,00 m, on peut établir les équivalences suivantes, pour simplifier :

  • PHM : Plus Haute Mer astronomique = 7,00 m hydro /3,50 m NGF

  • Niveau moyen de la Mer 3,50 m = 0,00 m NGF

  • PBM : Plus Basse Mer astronomique = 0,00 m hydro
  • mardi 9 mars 2010

    Xynthia : Côte Nord de l'île, un choc en retour ?

    Pourquoi ce titre ?
    A propos de la submersion marine de l'île de Ré du 28 février 2010, on comprend aisément que la tempête de Sud qui a frappé les grandes digues de la côte sauvage ait exercé, compte tenu de la hauteur d'eau, une pression si considérable qu'elles aient pu se rompre. Mais que s'est-il passé sur la côte nord de l'île ? J'ai recueilli plusieurs témoignages concordants, directs ou indirects, relatant "une vague" venue du nord et non pas simplement le débordement de la ligne de côte par les flots. J'ai ainsi lu dans la presse un témoignage très intéressant qui a particulièrement retenu mon attention. Il émane de M. Patrick Rayton, Maire de La Couarde, qui a déclaré (source AFP) :
    "J'ai failli me noyer", témoigne le maire de La Couarde. "Les pompiers m'ont appelé dimanche à 4h00 du matin, j'ai pris la départementale en voiture et j'ai vu la vague arriver, venant de la rive nord, elle a submergé la voiture, raconte-t-il.
    "J'ai dû faire appel à un de mes collègues qui est venu me sortir de cette situation avec un tracteur", ajoute-t-il.
    Je me suis alors demandé comment, avec des vents de sud mettant à priori la côte nord à l'abri, une vague pouvait venir déferler sur le rivage la côte Nord de l'île, et notamment -fait rarissime- submerger brutalement les ports de La Flotte et surtout de Saint-Martin de Ré dont les quais sont d'ailleurs sensiblement plus hauts.

    Pour expliquer ce phénomène de vague vue et même entendue par certains dans le fracas de la tempête, j'avance l'idée d'un phénomène d'écho de vague ou backwash sur la côte vendéenne.


    Voici un backwash, sur une digue en Espagne :


    Il serait intéressant de savoir à quel heure précise chaque point du littoral Vendéen et Charentais a été impacté. A la lecture du précieux témoignage de Patrick Rayton, j'ai comme dans l'idée que les rivages de la côte Nord de l'île -depuis la fosse de Loix (où cette vague à sauté Goisil) jusqu'au Platin de Rivedoux (où elle a sauté le parking de la coopérative maritime)- auront été touchés en dernier. Si ce que j'avance est exact, alors il est clair que le port de La Flotte et la dépression qu'il représente en ce point précis du rivage était malheureusement idéalement placé pour subir de plein fouet ce choc en retour. Tout cela reste évidemment à vérifier.

    dimanche 7 mars 2010

    Xynthia : Les Gouillauds

    A J+7 et à la demande expresse de Bénédicte et de Catherine, voici un petit reportage sur la plage des Gouillauds, au Bois-Plage en Ré, au droit du camping Antioche.

    C'est sans doute le massif dunaire le plus important de l'île par la hauteur de ses dunes mais surtout par sa profondeur. Faute de grand parkings publics, c'est une plage sauvage et finalement assez peu fréquentée, même l'été.



    Comme je m'y attendais, la dune a souffert. Le recul est sévère, mais finalement pas tant que je ne pouvais l'imaginer. Les accès ont été sérieusement malmenés, mais j'ai déjà vu ça à plusieurs reprises par le passé.
    Ce qui est encourageant, c'est la présence du sable sur le haut de plage. Avec des vents favorables il devrait remonter. Les mois de mars et d'avril peuvent cependant encore nous réserver quelques mauvaises surprises, mais le pire, comme on le dit, n'est jamais sûr.
    Pour connaître le site depuis bien longtemps, je pense malgré tout qu'il n'y a pas lieu d'être particulièrement inquiet pour son devenir. Je n'en dirais pas autant des fines dunes bordières de la Couarde qui fondent comme neige au soleil et derrière lesquels se trouvent implantées des quartiers d'habitations où des équipements touristiques en contrebas.

    PS : L'ami Laurent (un néo-rétais ;o) m'adresse un lien sur un site de simulation de submersion http://flood.firetree.net. Je l'ai testé et j'émets quelques réserves sur les approximations qu'il révèle. Mais c'est pas mal fait et flippant je l'avoue. (Je précise qu'il concerne la terre entière). Donc Mmes Tippie de Nollande et Tifenn de Breizhkiss vont pouvoir aussi se faire peur.

    In English s'il vous plaît

    Allons bon ! Tout récemment sur le blog, je découvre un commentaire en anglais ainsi libellé :
    pamnewall1@mac.com a dit…
    Thankyou for your blog Marcus. we love the Ile de Ré and look forward to finding out how we can help when we stay for 2 weeks at easter
    Et me voilà fort dépourvu, car les langues étrangères et moi c'est un long calvaire. Un peu comme Charlot. Euh non… tout comme lui !


    Par chance, Christina est titulaire d'une maîtrise trilingue allemand anglais. Je l'appelle à ma rescousse.

    Après m'avoir traduit le texte et confirmé ce que j'avais cru comprendre, je lui dis en quelques mots ce que je souhaite répondre. Elle se met au clavier et me torche en deux coups de cuiller à pot la réponse.
    Cependant, plus germaniste qu'angliciste, elle souhaite tout de même vérifier un mot :
    Elle : "Passe-moi le Harrap's qui est dans la bibliothèque" me dit-elle.
    Moi : "Le quoi, ma chérie ?"
    Elle : "(soupir…) le dictionnaire d'anglais qui est là, dans la bibliothèque du bureau."
    Moi : "Non mais ça va pas ! ça pèse le poids d'un cheval mort ce machin-là. Tu ne préfères pas mon Lilliput ?"

    "Lilliput… bonjour madame" avait-on coutume de dire au lycée à propos de ce merveilleux outils linguistiques miniaturisé édité par Larousse qui m'accompagnait toujours pendant les contrôles.

    Elle : "(sarcastique) "Ah… Tout s'explique !…


    Je comprends mieux maintenant, pourquoi tu n'as pas poursuivi tes études en fac de langues."

    samedi 6 mars 2010

    Xynthia : le grand nettoyage

    L'image du jour, c'est la mobilisation de la population pour le nettoyage de l'estran.
    Rendez-vous était fixé à La Mairie de Sainte-Marie. Mais ce n'est là qu'un exemple car dans toutes les communes, il y a eu et il y aura encore des initiatives de ce genre.



    Les équipes ont été dispatchées sur les différents points d'accès avec des sacs pour le tri sélectif.
    La plage a été dépolluée des plastiques et le bois flotté a été ramassé.



    Jeunes et moins jeunes tous ensembles sur l'estran…



    Les enchevêtrements de filets de pêche, clôtures et ganivelles seront enlevés plus tard par les services de la commune et du département.



    Sur l'île de Ré, se mobiliser et se prendre en charge en cas de coup dur est une longue tradition. Autrefois, l'isolement et la pauvreté des moyens techniques à disposition des hommes ne leur en laissaient guère le choix. Ainsi par exemple, lorsque les cloches des paroisses retentissaient pour donner l'alerte générale pour la rupture d'une levée de terre, les habitants se rendaient en masse pour colmater la brèche entre deux marées, évitant ainsi l'inondation des terres.
    De même, il y avait autrefois tout un réseau d'entraide et de secours mutuel, notamment en agriculture. Les écluses à poisson (disparues dans les années 1970 mais qui protégeaient bien les côtes) sont encore une forme d'organisation mutualiste du partage du travail et de la ressource.
    Il est heureux que cette conscience de la nécessité d'une île solidaire perdure encore de nos jours dans l'inconscient collectif des rétais, qu'ils soient natifs de l'île depuis dix générations ou récemment installés. Ces Néo-Rétais, comme on les appelle parfois, finissent par s'approprier cette identité culturelle qui passe aujourd'hui par la conscience d'habiter ce tout petit territoire à fleur d'eau de 8500 hectares, très convoité, qui est aussi un concentré de paysages à faire vivre, à protéger et à transmettre.

    vendredi 5 mars 2010

    Xynthia : c'est aussi la submersion sur le blog de Marcus

    167 pages vues le 26 février, 654 le 27, 7691 le 28, 8040 le 1er mars, 3964 le 2 mars, 2727 le 3, et enfin 1827 le 4. Jamais ce blog n'avait connu pareilles statistiques de fréquentation. Le blog de Marcus aura donc lui aussi été submergé par la marée de tempête.

    Je n'ai certainement pas imaginé "surfer" sur la vague médiatique de Xynthia mais j'ai simplement voulu, plus modestement, tenter de livrer (avec d'autres) mon regard et ma sensibilité sur cette événement aussi soudain que catastrophique et qui a sidéré autant que consterné l'opinion publique.

    A cette occasion, jamais je n'ai pu vérifier à ce point l'utilité du bloging en ce qu'il créé du lien de manière spontanée, permet l'expression de la parole, facilite les échanges et même, dans ces circonstances difficiles, permet de rendre service, de renseigner, de rassurer en donnant des nouvelles, de mettre en relation des personnes s'inquiétant pour d'autres personnes, pour des lieux qu'elles ont connus. Je n'en reviens pas encore des mails tellement touchants reçus à cet égard.

    Et puis vous avez été nombreux à déposer des messages d'encouragements et de soutien adressés à l'île de Ré, à sa population, et plus généralement à ceux qui, insulaires et continentaux, ont souffert, souffrent, et souffriront encore longtemps (notamment dans leur activité professionnelle) de cette situation. Soyez-en une nouvelle fois vivement remerciés.

    L'île de Ré a été frappée au cœur dans ses ports, sur ses plages, dans ses paysages. Mais à travers les siècles la communauté insulaire a toujours fait face. Je ne doute pas un instant qu'elle a conservé intacte les ressources morales nécessaires pour redémarrer rapidement l'économie locale, le tourisme bien sûr, mais aussi toutes les autres. Et ce n'est pas un hasard si le journal Sud-Ouest évoquait dès les premières heures de la catastrophe, la solidarité insulaire.

    Alors, on va tout faire pour remettre de l'ordre le plus rapidement possible Dès le week-end prochain, les habitants se mobilisent pour retrousser leurs manches et nettoyer les plages. J'irai donner le coup de main sur la plage des Grenettes à Sainte-Marie. De son côté le département va reconstruire et renforcer les digues. Plus que jamais auparavant, ce petit bout de terre à fleur d'eau aura besoin de votre fréquentation en 2010.

    jeudi 4 mars 2010

    Entre Ré et la mer, c'est un combat perpétuel

    Les images de la tempête Xynthia et de ses conséquences dévastatrices ont frappé les cœurs et les esprits bien au delà de l'île de Ré et de ses habitants. Pour autant, s'agit-il d'un phénomène nouveau ?

    La réponse est NON !


    Entre Ré et la mer, le conflit est perpétuel. Le front passe par le trait de côte : falaises calcaires qui s'érodent doucement, dunes bordières régulièrement scalpées, digues et levées ébréchées, remparts des fortifications Vauban mis à mal, et quelquefois même par les ports.
    Le vocabulaire est volontiers martial : on évoque la défense des côtes contre la mer.

    En remontant le cours de l'histoire, on s'aperçoit que plusieurs tempêtes "dites exceptionnelles" sont passées par là. "Exceptionnelles" ce mot n'a de sens qu'à notre échelle humaine, et encore…

    Le 1er octobre 2008, le site des amis de l'île de Ré tentait d'en faire à la fois la classification et le recensement.
    L’Ile de Ré est régulièrement touchée par des tempêtes, avec des intensités et des effets variables. Elles sont liées aux systèmes dépressionnaires qui progressent à travers l’Atlantique Nord, venant de l’Ouest, sous nos latitudes.

    Rappelons quelques niveaux de l'échelle de Beaufort :
    • Force 7/8 : grand frais-coup de vent .Vent de 28/40 nœuds, soit 50/74 km/h,
    • Force 9/10 : fort coup de vent-tempête .Vent de 41/55 nœuds, soit 75/102 km/h,
    • Force 11/12 : violente tempête-ouragan .Vent de 56/>64 nœuds, soit 103/>118 km/h.
    Des vents supérieurs [rafales] à 200 km/h ont été enregistrés dans l’Ile.
    Les effets de ces vents forts sont : arrachages de feuilles, branchages, déracinement d’arbres, tuiles puis toitures soulevées, poteaux couchés, lignes électriques coupées … Dégâts sur les bateaux dans les ports, à sec sur cale … Le sable des plages peut être transporté au loin par le vent … à des kilomètres.
    A la force du vent peut s’ajouter la force de la houle, des vagues déferlantes.
    Surtout si l’intensité de la tempête coïncide avec une marée de vive-eau (coefficient supérieur à 105/110), d’équinoxe, à son maximum de hauteur : fin du flot. Alors, le trait de côte correspondant aux dunes littorales, aux digues ou levées peut être débordé, submergé, et si la côte est plate, peu ou mal défendue, conduire à des inondations catastrophiques. La combinaison tempête + marée haute de vive eau produit ce que l’on appelle « vimer ». Par abréviation de « vive mer » ? Son orthographe a évolué : on trouve aussi vimère et vimaire. Autre possibilité venant du latin avec vis = force et major =majeur ?
    Le canton Nord, avec ses marais et vasières, sa côte découpée et plate, ouverte sur toutes les directions de vent, est particulièrement exposé.

    On peut distinguer plusieurs catégories :
    • Ouragan : vent très violent. En 1935 (2 Mars) et 1999 (27 Décembre) avec 216 et 213 km/h ! Gros dégâts matériels pour les arbres (forêts), toitures et réseau électrique concernant plusieurs régions. Mais pas de submersion. Occurrence : 1 à 3 par siècle.
    • Vimers exceptionnels : affectent une vaste région, Ré, Oléron, la côte charentaise … 22/08/1537, 24/10/1591, 09/10/1711, 09/01/1924. Dans le canton Nord, rupture de digues, levées, submersion importante dans les zones basses. Plusieurs villages touchés : Ars, Les Portes, Loix ... Occurrence : de l’ordre de 1 par siècle.
    • Vimer : vents violents et marées de vives eau. Avec inondations notables dans le canton Nord et ruptures locales de digues : Martray, Boutillon Les Portes … Selon les archives, on en note 8 à 10 par siècle.
    • Vimer « atypique » : il s’agit d’une montée notable du niveau de la mer, pas liée aux conditions météorologiques et à l’horaire de marée : 07/09/1469, 07/09/1785, 09/06/1875, 22/04/1882, 16/02/1941.Concerne une vaste zone : La Rochelle, Rochefort … , s’étale sur plusieurs heures. Leur cause est probablement liée à un séisme régional (Oléron, Vendée ... ). Occurrence : 1 par siècle.
    Quelques remarques :
    • L’origine du Vimer de 1941 est mal définie. Comme il aurait été trouvé sur les plages de Ré peu après des « pierres ponces vertes ( ?) », on a pensé à une éruption volcanique sous marine. Ce qui est très improbable. Il n’y a pas de volcanisme récent dans la région, à terre et en mer; celui –ci s’accompagne toujours de secousses sismiques –rien n’a été enregistré ce jour là. Mais on était en pleine Occupation … ? Cela pourrait être dû a un important éboulement sous-marin, au large, non lié à un séisme.
    • Vimer et tsunami : le vimer « atypique » ,qui n’est donc pas la conséquence d’une tempête se produisant pendant une marée de vive eau, serait en quelque sorte un « petit » tsunami. Les tsunamis meurtriers récents se produisent dans des zones soumises à des collisions de plaques tectoniques, créant des séismes violents (Intensité de 8 ou 9 sur l’échelle de Richter). Nous sommes situés dans un contexte différent, de marge passive, en extension, avec cependant de grandes failles (à travers Oléron, en Vendée-Charente) qui rejouent parfois. Mais avec une intensité beaucoup plus faible (Intensité Richter de 4 à 5). Nous avons ainsi une image précise du risque encouru dans l’Ile de Ré.
    • Le vimer de 1941, qui serait du même ordre de grandeur que celui de 1711, est le dernier connu dans Ré. La dernière violente tempête remonte à 1963; il y a eu aussi celle de 1999. Mais plus de submersion. Ce qui veut dire que notre système de digue tient, que la route au Boutillon, autrefois souvent submergée et coupée a été bien protégée, donc que nos côtes sont bien défendues.
    • Mais dans le passé, on constate des périodes « d’accalmies ». Après plusieurs vimers désastreux, des travaux importants (après 1735 et 1820), de fond sont entrepris … d’où bonne résistance. Puis vient une période de dégradation lente, de vieillissement des travaux, et … les inondations reprennent ! Serais-ce le cas actuellement ?
    La digue de St Clément nous rappelle sa fragilité, sa dégradation en cours.
    Nous savons clairement les conséquences possibles !
    Dans son remarquable livre " Ré, d'île en presqu'île" (1988) Jacques Boucard indique page 58 : "les archives ont souvent gardé la trace de ces événements extraordinaires, mais la mémoire confirme qu'ils sont plus fréquents qu'on ne l'imagine souvent" et d'évoquer "la destruction partielle des digues en 1711, 1796, 1820, 1838, 1843, 1882, 1896, 1924, 1936 et 1941."



    Dans une correspondance adressée au préfet le 6 mars 1980, Émile Gaudin, Maire d'Ars en Ré : écrit :
    "M. Le préfet,
    Vous n'êtes pas sans savoir les dégâts causés par la mer dans la soirée du 24 octobre au plus fort de la marée avec un coefficient de 116.
    Sous l'effet du vent, la mer a monté à un niveau jamais connu des plus anciens de chez nous. Elle a passé par dessus les levées de terre qui protègent le territoire communal du côté du Fier.
    Deux brèches se sont formées qu'il a fallu très vite colmater pendant la nuit grâce à une bonne équipe d'hommes qui ont répondu rapidement à mon appel. Sans cette intervention d'urgence et efficace, la mer serait rentrée jusque dans le bourg à la marée suivante.
    Mais il se trouve que partout où ces digues n'ont pas encore été bétonnées, la mer en passant par-dessus a rongé par érosion sur 200 à 300 mètres créant des affaissements dont il faut absolument reconstituer le niveau avant la prochaine marée du 21 novembre".
    Un an plus tard, Émile Gaudin écrira de nouveau au préfet : "Au cours de la nuit du 12 au 13 décembre 1981, une violente tempête a causé de graves dégâts sur nos digues et levées qui bordent le fier d'Ars."

    Plus récemment en 2005, la digue de Saint-Clément des Baleines (photos) était endommagée. Nul doute qu'au cours de ces trente dernières années, un entretien préventif régulier a fait défaut.



    Parce que nous ne les avons pas vécus nous-mêmes, parce que bien à l'abri de nos certitudes modernes et rassurés par nos technologies de pointe, nous avons tendance à croire que les manifestations les plus violentes de la nature n'existent plus où alors, seulement dans des contrées lointaines et le plus souvent sous-développées.

    A part peut-être celui de 1711 (dont on rapporte que la mer ramena les outils de saunier sur la place de l'église des Portes) les vimères des siècles passés ont naturellement souffert d'un déficit médiatique. La tempête Xynthia du 28 février 2010 vient d'inscrire durablement dans la conscience individuelle et collective des rétais le risque de submersion marine, passé, en quelques heures à peine, du statut d'hypothèse improbable (fantaisiste pour certains) à celui de réalité cruelle, tangible.

    En sera-t-il de même des décideurs publics pour qui la construction de nouveaux édifices, de nouvelles zones d'habitation, d'activité artisanales et commerciales, de ports de plaisance, d'équipements de loisirs, est toujours un bilan physique plus flatteur que l'entretien et la rénovation, l'adaptation des digues ?

    Comment ne pas rappeler à quel point le Préfet Leyrit, en raison son action énergique et résolue pour imposer le PPR inondation, avait cristallisé contre lui l'opposition farouche de tous ceux : vendeurs, acheteurs, pétitionnaires, agents immobiliers, marchands de bien, notaires, élus locaux, qui n'ont eu de cesse que de critiquer, caricaturer, stigmatiser l'action et la volonté du représentant de l'État. Un PPRi si décrié qui, au final et rétrospectivement, s'avèrera certainement bien modeste à la lumière de cette catastrophe.

    mercredi 3 mars 2010

    Xynthia : préjudices économiques et touristiques

    Le complexe touristique Hôtelier (l'Atalante) et le centre de Thalassothérapie (Neptune) à Sainte-Marie de Ré, ont particulièrement souffert de la submersion ainsi qu'en témoigne ces images. Implantés à l'abri d'une modeste levée enrochée, à une cinquantaine de mètres à peine du trait de côte de l'Anse Notre-Dame, ils étaient pour ainsi dire en première ligne.




    Le Phare de Ré du mercredi 3 mars consacre une édition spéciale à la tempête du 28 février :

    mardi 2 mars 2010

    Xynthia : Requiem pour les Grenettes

    Pour évoquer les préjudices environnementaux sur le trait de côte, j'ai choisi de vous parler des Grenettes.

    Depuis trente ans, ma grande sœur Michèle habite aux Grenettes, commune de Sainte-Marie de Ré, à cent mètres à peine de la côte. Elle m'avait prévenu : "Je n'ai jamais vu ça" !
    Les Grenettes ! A quelques centaines de mètres en mer, la houle se forme sur les banches. La mer y est souvent forte et l'endroit constitue l'un des plus beaux et des plus réputés spots de surf de la Charente-Maritime.
    En me rendant sur place, dimanche 28 février 2010 dans l'après-midi, je me doutais bien que le choc serait rude.
    Les Grenettes, c'est d'abord une plage à caractère sauvage faite de sable et de galets surplombée par une petite falaise constituée d'un plâtier argilo-calcaire dont la hauteur varie de un à deux mètres suivant l'état de la plage. Sur le dessus, une dune éolienne qui n'est pas en contact direct avec la plage s'est formé au fil du temps. Ce plâtier calcaire, qui constitue le socle dur de l'île, a somme toute et heureusement bien résisté, mais il a été submergé.
    Dès lors, la dune a été détruite sur toute sa longueur sur une profondeur de cinq à six mètres soit la moitié de son épaisseur. C'est un peu comme si un scraper était passé pour faire une route en corniche au dessus de la plage. En bas, sur la plage c'est le chaos : bois flottés, ganivelles déchiquetées, déchets amenés par la mer… Le sable ? Il s'est retiré. Rassurez-vous, il n'est pas si loin. Il reviendra avec des jours meilleurs. Au pas des Biettes qui constitue la limite communale avec Le Bois-Plage, le paysage évoque un bombardement.
    "Quel spectacle grandiose !" lance haut et fort un touriste en mal de sensations fortes.
    Je me retourne, le regarde fixement et longuement. Mon visage exprime autant mon émotion, ma peine, que ma colère. Je vois dans ses yeux qu'il vient de comprendre dans mon regard ce qu'aucun mot de ma part n'aurait pu si bien exprimer. L'homme s'en va sans rien ajouter.

    Xynthia, le jour d'après

    Dimanche 28 février 2010, entre deux heures trente et quatre heures du matin, les vents de tempête atteignent leur paroxysme. La mer est haute avec un coefficient de 106 et la dépression atmosphérique provoque une élévation des flots, "la surcote". La conjonction de ces trois facteurs explique, pour l'essentiel, l'ampleur de la catastrophe qui a ravagé les littoraux charentais-maritime et vendéen. Sur le continent dans les zones basses, comme les marais côtiers, l'océan envahit les terres sur des centaines de mètres en profondeur, parfois même plusieurs kilomètres. Dans certaines zones bâties particulièrement exposées, les maisons inondées sont entourées de plus de 2 mètres d'eau à certains endroits.

    La Rochelle et environs :
    Au fond du Golfe de La Rochelle la mer saute les quais du vieux port du bassin des chalutiers, et du port de plaisance des Minimes. Le quartier du Gabut, le quartier des Minimes avec ses universités et ses industries nautiques sont envahis par les flots. La vieille ville pour sa partie la plus proche du port, les parcs sont également submergés. Tout va très vite car il ne s'agit pas d'une crue fluviale, c'est tout l'océan qui frappe à la porte. Puis vient l'heure de la marée descendante, la tempête ses éloignée. Là où les flots ne seront pas captifs, ils se retireront très vite, comme sur les quais du port de La Rochelle.

    Video sur mativi.fr

    Au Nord comme au sud de La Rochelle, les communes littorales sont durement frappées. La voie ferrée et la route La Rochelle - Rochefort, sont coupées par les flots. Derrière les digues submergés, il faudra pomper.

    Sur l'île de Ré :
    Les ports de la côte nord de l'île : Ars, Saint-Martin et La Flotte sont submergés. Dans ces trois communes les dégâts notamment économiques commerciaux sont conséquents.

    A la Flotte la mer envahit les quais et dévale la rue Dechézeaux en remontant jusqu'à la rue Gaston Lem. De part et d'autre, les flots envahissent la rue Charles Biret (où il y aura deux victimes) et s'engouffrent dans le parking souterrain. La Rue du Marché également inondée, les flots prennent le marché à revers. Simultanément, à la sortie ouest du village, la mer base nautique et les résidence Maeva sont dans l'eau.
    Un élu flottais présent sur le terrain cette nuit là me raconte "sur le port, on avait de l'eau à la ceinture". Le port de La Flotte précisément, ses équipements sont en vrac car les pontons sont sortis des ducs d'Albe. Les dommages aux installations portuaires sont considérables (Port de La Flotte - Crédit photo Arnaud G.)

    Le petit port de Rivedoux qui n'a pas de pontons sera touché lui aussi mais dans une moindre mesure (je m'en excuse par avance auprès des sinistrés dont certains amis, Rivedousais, mais cela apparaît aujourd'hui comme une réalité). Une chance en effet : les quais ont été refaits et rehaussés. Dès lors la mer pénètre de part et d'autre du port. Au nord elle s'engouffre par dessus la route de la corniche et s'engouffre rue des Charbonnières, petite rue de la Grand'Vallée, rue Albert Sarrault et surtout rue Charles De Gaulle, Cette rue longe le bois de la Mérente, (la mé'rent signifie en patois "la mer rentre"). On l'oublie souvent, mais la toponymie a, ici comme ailleurs, toute son importance.
    Plus au sud, c'est le parking derrière la coopérative maritime qui est sauté. Comme en 1941, Hélas, trois fois hélas, lors de sa toute récente reconstruction, la digue de la rue du moulin n'a pu être prolongée jusqu'au point le plus élevé du parking de la coopérative maritime en raison du refus d'autorisations administratives nécessaires par certains services de l'État. Les points bas du centre-bourg sont inondés : la Pharmacie, le cabinet médical, plusieurs logements et commerces sont en partie dévastés. Enfin, sur l'autre côte, la plage de Sablanceaux directement exposée aux vents de tempête est méconnaissable. Enfin, l'embarcadère des croisières inter-îles est dévasté.



    Si le village du Bois-Plage semblé épargné, à Saint-Martin, La Flotte, Ars, de nombreux commerces et locaux d'habitation sont sinistrés. Partout sur l'île, les ostréiculteurs sont frappés dans leur outil de travail.

    Dans le canton d'Ars, au Martray plusieurs digues de la côte Sud-Ouest ne résistent pas à la pression des flots et aux coups de boutoirs de la houle. Au mieux elles sont malmenées (La Davière) au pire elles sont éventrés (Ars, au le Martray, à Saint-Clément et à Loix). A Saint Clément des Baleines, le lotissement des Doreaux est noyé par les flots, la population, heureusement est évacuée à temps.



    Je n'ai pas d'information concernant Le village des Portes. La Couarde, Saint-Clément sont partiellement touchés. A Loix, dans les rues et jusque dans leurs maisons, les Loidais sinistrés durablement ont pêché à la main les turbots d'élevage échappés par milliers de de la ferme aquacole voisine. Loix, Ars, sont à nouveau des îles. En quelques heures, le temps d'une marée de folie et d'une nuit de cauchemar, Ré a retrouvé pour un temps sa configuration d'origine avec ses trois îles : Saint-Martin, Loix, Ars. C'était avant le XVIIe siècle, avant que l'homme ne se mette à faire des levées puis des digues pour mettre en valeur le territoire. Pour réparer les digues, le chantier promet d'être immense. Gageons que les procédures d'urgence qui s'imposent vont permettre à tous les acteurs de s'affranchir des autorisations administratives préalables.

    Un autre paysage :
    Car il y a urgence et pas seulement sur les digues. Sur la côte sauvage exposée sud-ouest, de la pointe de Chauveau à la pointe des Baleines, le paysage a changé. Au moment où j'écris, est-il encore possible de parler de plages ? J'ai des doutes parfois (Photo : pas des biettes aux Grenettes). Je sais bien que la nature, avec l'aide plus ou moins heureuse de l'homme et de ses technologies modernes finira bien par réparer les outrages de Xynthia. Mais il faudra du temps, beaucoup de temps et d'argent aussi. Vous verrez tout ça dans mon prochain article… Enfin si le courant électrique et la ligne téléphonique veulent bien tenir. Merci à tous les services publics, élus, sapeurs-pompiers, militaires, agents des services techniques, qui une fois encore, comme en 1999 font des prouesses. Merci à tous les habitants qui comme autrefois, dans un formidable élan de solidarité de proximité, ont retroussé leurs manches pour remédier aux conséquences de cette épreuve.

    Voilà, c'est tout pour aujourd'hui.
    J'allais toutefois oublier l'essentiel. Vous avez été très nombreux, connus et inconnus, amoureux de l'île de Ré, à me faire passer des messages de sympathie parfois même teintés d'inquiétude. Après 24 heures de coupure téléphonique, je les découvre ce soir notamment dans ma boîte mail. Ça fait chaud au cœur, vraiment. Christina et moi, nous y avons été très sensibles.
    Alors je vous devais bien de veiller tard, une fois encore, pour vous l'écrire. Merci !

    PS : Le sous titre de mon blog "En attendant la submersion" parait désormais décalé. Décalé ou prémonitoire, qui sait ? Quoiqu'il en soit je vais sûrement devoir en choisir un autre.