Il ne sont ni Suisses ni Belges, mais enfin, les chocolats allemands sont très bon.
Il n'y en a pas moins de vingt dans la boîte, tous en forme de petites barres réparties sur deux rangs. Le classicisme et la rigueur allemande au service d'une belle présentation. Sans vouloir polémiquer, ça fait plus envie que les Ferrero Rocher qui se montent les uns sur les autres, il n'y a pas pas photo.
Christina tient la boîte. Non sans malice, elle prétend que cette boîte de chocolat est sienne parce que c'est
ELLE qui garde
NOTRE petit-neveu, et pas moi !
Toutefois, l'argument ne tient pas considérant que nièce adorée a dit, en
NOTRE présence et devant témoins :
"Tenez, c'est pour VOUS" et qu'il n'est pas dans ses habitudes de vouvoyer sa tantine ; qu'en toute hypothèse lesdits chocolats ne sauraient constituer un bien propre au sens du code civil et du régime de la communauté légale.
Cette question juridique préjudicielle ayant été balayée d'un revers de main dans une plaidoirie aussi brillante qu'expéditive, digne d'un Robert Badinter au mieux de sa forme, elle finit par caler et me tendre la boîte.
C'est là que l'affaire se corse, car j'exige toujours de connaître au préalable ce que je mange. Les chocolats sont tous identifiés par un petit liseré discret en couleur. Chaque couleur correspond évidemment à ce qu'il y a dedans. Vous voyez ? Mais voilà, pour le savoir il faut retourner la boîte. Attention ! Penser impérativement à la refermer d'abord, sinon c'est très mal engagé. C'est sans doute pour cela qu'on ne met que des Ferrero Rocher dans les ambassades, pour ne pas s'emmerder avec les chieurs qui vous demandent ce qu'il y a dedans et aussi pour que l'ambassadeur et ses invités ne reçoivent pas les chocolats sur leurs pompes au cas où, en retournant la boîte, le couvercle viendrait à s'ouvrir inopinément.
Ils ne sont pas les seuls à faire ça les fabricants. De vous à moi, je ne trouve pas très aisé de devoir retourner la boîte où de la lire à bout de bras par le dessous, ni d'associer une couleur ésotérique assez peu contrastée à une saveur qu'il faut ainsi mémoriser au premier énoncé où à la première lecture, le tout en perdant évidemment de vue les chocolats en question.
Ils auraient été plus inspirés de l'indiquer sur l'intérieur du couvercle, voire d'utiliser une feuille volante en papier glacé. Oui je sais, pardonnez-moi si j'ai des avis sur tout, mais c'est la parfaite illustration de que mon collègue Nicolas Sarkozy de Paris appelle l'omni-présidence.
-
"Lequel veux-tu ?" me dit-elle.
- "Bah je sais pas moi."
Elle referme alors le couvercle et la retourne :
-
"Bon alors, nous avons… :
- liseré bleu : au lait, à la crème
- marron clair : noir et blanc, café crème
- violet : au lait, fourré praline
- vert : au lait, amande noisette praline
- beige : au lait, fourré noisette
- jaune : noir, fourré massepain
- Marron : noir, amer à la crème
- rouge, : noir, mousse au cacao
- violet, : lait, praliné crème."
Elle retourne la boîte, l'ouvre et me la présente à nouveau.
Là, je me dis qu'effectivement, on se ferait moins suer le burnous avec des Ferrero Rocher. Les couleurs ne sont pas très tranchées et pour tout dire, elles sont très proches les unes des autres. C'est perturbant j'ai du mal à m'y retrouver. Elle aussi.
- "Euh… C'est quoi le rouge déjà ?" (belote)
Elle referme le couvercle et retourne la boîte.
- "Noir de chez noir, mousse cacao. Tu vas aimer c'est certain."
- "Ah ! … Et le bleu ?" (rebelote)
- "(soupir) au lait, à la crème, tu vas moins apprécier c'est sûr."
- "Et le vert ?" (dix de der)
- "OOOHHHHH ! Tu vas me faire tourner encore longtemps en bourrique ?"
- "OK, OK ! Je vais prendre un rouge. "
Elle prend un violet et moi je file à l'ordi (quand on est président, on a du boulot vous savez).
Du bureau (où je
glande devant l'ordi règle des affaires de la plus haute importance, je lui lance :
- "Ils sont très bons, pas vrai ?"
- "Très !" Me répond-elle tout en finissant de desservir la table. Mais cinq secondes plus tard elle débarque dans le bureau.
- "Ça ne va pas !"
- "Allons bon, qu'est-ce qui ne va pas ?"
- "Si on pioche dedans n'importe comment, on va prendre toujours les mêmes. Après il ne restera que les mauvais."
- "Les mauvais ? Dis tout de suite que les chocolats de notre Nièce ne sont pas bons ! " :o)
- "Non, ceux qu'on aime le moins a priori, je voulais dire. Faut que ce soit équitable !"
Equitable, comme le commerce ? Elle a des idées parfois…
Je pense en mon for intérieur que les moins bons, on pourrait les refiler aux filles mais je n'en dis mot pour ne pas
mécontenter la jeunesse mêler inutilement nos filles à cette affaire et ne pas envenimer les choses. Nous mangerons ainsi nos chocolats allemands "en Suisses" comme il se doit. C'est dit ! Elle n'en auront pas un seul.
L'idée d'un arbitrage me traverse l'esprit.
- "Voilà ce que l'on pourrait faire, si tu le veux bien. Je propose que tu prennes la rangée du dessus, et moi celle du dessous."
- Oui, c'est astucieux ça !
- Très bien ! comme ça, ceux du dessus vont descendre en dessous ni vu ni connu et tu pourras me faire encore un procès en sorcellerie. ;o)
- "Pfff, Toi alors… !"
- "Je blaguais. Voici ce qu'on va faire au final. On en prend chacun un différent à chaque fois. Et on le partage vu que chaque petite petite barre a deux carreaux. On commence de suite ?
- (un ange passe)…"D'accord !"
Ouf ! on a sauvé notre couple présidentiel ! Mine de rien, je suis un sacré juriste quand même. Elle repart dans le salon, mais je la rappelle.
- "Ma chérie ?"
- "QUOI encore ?" Me dit-elle en revenant sur ses pas.
- "Rappelle-moi, c'était quoi déjà… celui au liseré rouge que nous venons de déguster ?"
La boîte n'a pas volé. Christina ne sait pas jouer au frisbee. J'ai lu comme un regret dans son regard ! :o)